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Prague, 20 août 1968 : « L’histoire en train de se jouer »

VIDEO Le Monde – Prague, 20 août 1968 : « L’histoire en train de se jouer »

Julien Frydman, directeur de Magnum Photos Paris commente une image prise à Prague le 20 août 1968 par Josef Koudelka. Cette image est visible dans l’album « Reporters sans frontières 25 ans – Magnum Photos 101 photos pour la liberté de la presse ».

Nostalgie…

… ou memoire courte? Quoi qu’il en soit, une agence de voyage profite du filon « c’etait bien mieux avant » et propose des sejours pour les nostalgiques des vacances d’avant 1989, sous le regime communiste.

Czechs rebrand communist holidays

A Czech travel agency is offering package holidays for people nostalgic for the trade union perks of communist Czechoslovakia, when factory workers were bussed off to recuperate from the daily grind. For a modest sum, guests can stay at a grim-looking hotel in Slovakia’s Tatra Mountains, to relive the sights, sounds, and smells of pre-1989 holidays (lire la suite sur BBC News)

Václav Havel, l’éternel insurgé

Je suis alle voir ce documentaire projete hier soir a l’Institut français de Prague: « Václav Havel, l’éternel insurgé« , de Jarmila Buzková. La realisatrice etait presente, tout comme l’Ambassadeur de France en Republique tcheque ou le frere de Vaclav Havel, Ivan Havel, qui aparait d’ailleurs dans le film (il semblerait que Vaclav Havel avait egalement prevu de participer a cette projection mais n’a finalement pu pour cause de maladie… dommage).

Le documentaire se demarque des autres que j’ai pu voir sur le sujet par le nombre d’images tirees d’archives personnelles et non uniquement d’archives officielles: images d’enfance et de cette grande bourgeoisie dont Havel est issu (sont grand-pere construisit le complexe culturel Lucerna) et qui devra faire face, apres la guerre, au coup communiste. Ou encore de l’euphorie des annees 60 et des premiers succes, puis de l’enfermement lors de la normalisation. Un peu dommage que le format d’Arte se limite a 45 minutes, car j’aurais aime ecouter un peu plus les commentaires de Mr Havel sur le monde ou sur lui-meme, ses reussites ou ses echecs – souvent avec humour, parfois avec ironie, toujours avec beaucoup de lucidite. Un tres, tres grand homme.

Quelques articles sur le documentaire lus ce matin:

Un nouveau documentaire sur Václav Havel signé Jarmila Buzková (Radio Prague)

New documentary on Havel screened at French Institute in Prague (Prague Monitor)

Biographie de Václav Havel (Wikipedia)

Heures sombres 2

No comment, si ce n’est un pincement au coeur devant un tel gachi, surtout en voyant ce qu’est maintenant ce terrain vague en plein centre de Prague, tout pres de cette autre horreur communiste qu’est la Magistrala – cette pseudo-autoroute qui traverse Prague. En esperant que d’autres gares (Masarykovo nádraží, nádraží Vyšehrad…) ou meme monuments (les « invalides » de Karlin…) n’auront pas le meme sort, de nos jours (on s’approche pourtant dangereusement du point de non retour dans ces trois cas – bientot toute reconstruction sera tout simplement impossible).

L’ancienne Gare « Ernest Denis » de Prague, un monument sacrifié à l’arrogance du pouvoir
Il y a 25 ans s’effondrait dans un nuage de poussière la Gare de Těšnov à Prague. 400 kilogrammes d’explosifs ont balayé l’édifice qui était considéré comme une des plus belles gares d’Europe centrale. Aujourd’hui cette démolition est considérée comme un acte de vandalisme et la Gare de Těšnov est devenue le symbole de tous les monuments historiques sacrifiés à l’arrogance des autorités. (lire la suite sur Radio Prague)

Voir aussi cet article et video (en tcheque).

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Heures sombres

« 1998. L’equipe de France de football est sacree championne du monde de football. Tous les joueurs sont des heros qui defilent sur les Champs Elysees devant une foule innombrable et en liesse. Debut 1999, tous les membres de l’equipe nationale sont arretes pour trahison, espionnage et subversion, et condamnes a de lourdes peines de prisons. »

Inimaginable? Scenario irrealiste? Uchronie?

Surement en France dans les annees 90. Mais c’est ce qui arriva il y a soixante ans a Prague a douze joueurs de l’équipe de Tchecoslovaquie de hockey: en mars 1950, la justice communiste condamne a de lourdes peines d’emprisonnement et de travaux forces dans des mines d’uranium la majorite des joueurs (ages d’une vingtaine d’annees a peine) pourtant champions du monde en titre et consideres comme des heros nationaux…

Lire l’article Radio Prague: Il y a 60 ans, les hockeyeurs champions du monde étaient envoyés dans les camps d’internement communistes.

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Camarade

« Que venez-vous faire, camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d’août s’obscurcit »
  (Jean Ferrat, 1968) – écouter

Le registre des personnes d’intérêt

 

Fin des annees 80, la Securite d’Etat tchecoslovaque (StB – Státní bezpečnost, c’est a dire la police secrete communiste) decide de creer une base de donnees electronique qui doit entrer en service en Janvier 1990. Plus de 777,000 personnes y seront fichees, car presentant un « interet » particulier pour le regime.

Ambiance etrange, les noms inscrits sur les murs s’etendent a l’infini, et en fond sonore une chanson de Karel Gott… The StB Registry of Persons of Interest – DOX (exposition prolongee jusqu’au 10 mai 2010).

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Les Tchèques, obsédés par la chaleur

Les Tchèques l’aiment chaud (article Radio Prague du 25/2/2010).

Moi aussi d’ailleurs, habitude prise en Norvege et non pas ici ou il est normal – comme a Prague – d’etre en T-shirt dedans par -20 degres dehors… une constante des pays froids peut-etre? En tous cas, les 18 degres habituels en France me paraissent trop froids maintenant 🙂

Quelques morceaux choisis:

La République tchèque peut « se vanter » d’être à la première place à l’échelle de l’Union européenne en ce qui concerne la consommation d’énergie destinée au chauffage. Les experts sont unanimes : nous nous sommes déshabitués du froid. (…) C’est un constat et une expérience qu’ont pu certainement faire, aussi, de nombreux étrangers se rendant en hiver en République tchèque, étonnés de voir que dans une grande partie des appartements, des magasins, des bureaux et des espaces publics il faisait très, voire trop chaud.

Origine: C’est sous le communisme que nous avons appris à pratiquer avec une légèreté insouciante ce gaspillage thermique… On pensait que l’Etat devait payer le prix de la chaleur et qu’en fait celle-ci était donnée. Les radiateurs du chauffage central à leur maximum sous des fenêtres ouvertes : c’était pour nous une sorte de luxe que l’on pouvait se permettre et dont on abusait. (…) ce gaspillage [s’explique] par le fait que la Tchécoslovaquie communiste n’a pas connu dans les années 1970 la crise pétrolière comme ce fut le cas en Occident.

Impact écologique: L’édification des grands complexes urbains a eu un impact sur nos habitudes. Prague, entourée de quartiers périphériques, constitue à l’heure actuelle un des points les plus chauds en Tchéquie. Sa température moyenne varie autour de dix degrés ce qui fait que l’on peut y observer un véritable effet de serre.

Température moyenne: Des normes existent aussi pour les températures dans les pièces destinées à de longs séjours, telles que les écoles, les bureaux, les hôpitaux. L’étendue de la température optimale pour ces locaux s’échelonne de vingt à vingt-quatre degrés, pour les couloirs elle est de dix-huit degrés. La température recommandée pour les pièces d’habitation est de 21 degrés. Mais la limite maximale dont le franchissement serait passible d’une sanction, n’est pas définie.

Coût: Selon les données officielles du ministère de l’Industrie et du Commerce, les frais annuels d’un ménage tchèque destinés au chauffage se situent en moyenne entre 23 000 et 33 000 couronnes (respectivement près de 880 et 1 260 euros), selon les différentes catégories de sources utilisées.

(lire l’article complet)

17 novembre 2009 : 20 ans depuis la révolution de velours

Et ironie de l’histoire, je suis malade ce jour la! Pas vu Vaclav Havel, ni les etudiants ou les concerts… Mais en resume (source Radio Prague):

Le 17 novembre : 20 ans depuis la révolution de velours
Ce mardi 17 novembre, 20 ans se sont écoulés depuis la révolution de velours en Tchécoslovaquie, marquant la fin de 41 ans de régime communiste. Plusieurs événements étaient prévus à cette occasion. Conférences, happenings, expositions, et concerts se sont déroulés pendant toute la journée. L’évêque, Václav Malý, une des figures de la dissidence et de l’opposition, a célébré une messe du souvenir. Mardi après-midi, un défilé de près de 5 000 personnes a refait le trajet emprunté il y a 20 ans par les étudiants à partir du quartier d’Albertov à Prague, pour finir dans l’avenue Narodní où un grand concert était organisé.

Le 17 novembre : 70 ans depuis la répression nazie d’une manifestation étudiante
Un peu plus tôt dans la journée de samedi, le président de la République Václav Klaus avait tenu à rendre hommage aux victimes du nazisme en 1939 et notamment à l’étudiant tchèque Jan Opletal. Le 17 novembre est la Journée internationale des étudiants, qui rappelle l’exécution par les nazis d’étudiants tchèques en 1939. Václav Klaus a également déposé une gerbe devant le monument dédié à la mémoire de la manifestation de 1989. Il a été accueilli par les sifflets d’opposants à sa politique mais aussi par les applaudissements de quelques uns de ses partisans. Il était accompagné par le maire de Prague, Pavel Bém, et par le Premier ministre Jan Fischer.

Le 17 novembre : des célébrations moins importantes qu’à Berlin la semaine précédente
Les principaux événements organisés ce mardi étaient organisés par des associations de la société civile et non par le gouvernement ou le président tchèques. Contrairement aux festivités organisées à Berlin la semaine dernière à l’occasion du 20e anniversaire de la chute du Mur, aucun chef d’Etat étranger n’avait été invité. Pour certains commentateurs, cela est dû au fait que le gouvernement en place n’est pas un gouvernement politique mais un gouvernement de transition. Cela est également dû au fait que l’actuel chef de l’Etat n’a pas souhaité organisé de cérémonie officielle. Václav Klaus avait ce week-end critiqué les cérémonies berlinoises et notamment le fait que les premiers discours ont été prononcés par Nicolas Sarkozy, Dmitri Medvedev, Gordon Brown et Hillary Clinton.

Lire aussi:

Mémoires à vif du communisme

A l’approche de la date anniversaire de la chute du mur, les articles sur les anciens pays du bloc communiste se font plus nombreux et interessants, comme par exemple la serie « Mémoires à vif du communisme » publiee par le Monde cette semaine. Morceaux choisis:

Communisme : les plaies derrière le mur

(…) Vingt ans, ce n’est rien. Une courte phase de transition, après une nuit d’un demi-siècle, pour les pays européens pris dans l’étau soviétique. Il a fallu tout revoir : instaurer le pluralisme politique ; garantir la liberté d’expression et l’émergence de médias indépendants ; assurer l’avènement de la propriété privée et de l’économie de marché. (…) Pendant vingt ans, ils ont dû affronter une question épineuse, à la fois judiciaire, historiographique et politique : comment affronter le passé ? Comment traiter les crimes commis par le régime communiste ? Faut-il épurer les administrations, poursuivre devant les tribunaux les anciens dirigeants ? Aucun pays n’a répondu à ces interrogations de façon tout à fait satisfaisante, car il ne pouvait en être autrement. Les traumatismes sont encore à vif, les archives explosives, les rancœurs tenaces, les exploitations politiques incessantes.

(…) En République tchèque par exemple, la génération des signataires de la Charte 77, qui avait joué un rôle pionnier dans la lutte contre le régime, n’a pas réellement trouvé sa place dans la modernité. Seul le dramaturge Vaclav Havel, devenu président, a su s’imposer, par son charisme, au sommet de la vie politique.

La défaite des vainqueurs

(…) « On a dit parfois que la décomposition du régime communiste a duré dix ans en Pologne, dix mois en Hongrie, dix semaines en Allemagne de l’Est et dix jours en République tchèque. »

(…) En apparence, l’histoire de ces vingt dernières années marque la victoire des anciens opposants, la récompense de leur courage : en 1989, le pouvoir totalitaire s’est effondré sans effusion de sang ; Tchèques et Slovaques ont divorcé sans heurts ; par la voix de son premier président, Vaclav Havel, le pays s’est fait entendre dans le monde d’une façon inespérée, vu sa petite taille, et a rejoint l’Union européenne en 2004. Pourtant, d’où vient ce sentiment étrange que la République tchèque est entrée dans l’ère moderne sans les chartistes ? Que ces derniers ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans la confrontation et la clandestinité, mais n’ont pas tout à fait trouvé leur place sous le nouveau régime ?

(…) « Le nationalisme tchèque est un phénomène très original. Les Hongrois ou les Polonais sont fiers de leur peuple. Les Tchèques, eux, disent qu’ils sont les seuls en Europe centrale à ne pas être nationalistes, ils prétendent que leur substance est démocratique. J’ai peur que Klaus soit le représentant de cette idéologie, qui explique sa défiance envers l’UE. » (Bohumil Dolezal)

(…) Havel contre Klaus. Les deux rivaux ne laissent personne indifférents, tant le contraste paraît fort entre leurs parcours et leurs convictions. « Historiquement, Klaus avait raison. Klaus voulait créer un vrai parti. Hélas, la plupart d’entre nous, intellectuels et dissidents, n’étaient pas prêts à se plier aux nécessités de la vie politique, à la volonté de la majorité, à une organisation de la base au sommet. Instinctivement, nous n’acceptions pas la discipline partisane. » (Petr Pithart)

(…) Dans un article retentissant, publié il y a vingt ans, [Jirina Siklova] avait inventé une expression qui a fait florès dans le débat public : celle de « zone grise ». Elle en mime le sens sur la table basse, à l’aide de biscuits secs. On croirait un entraîneur de football préparant un match sur tableau noir. « Ça, c’était les dissidents, et ça, c’était la nomenklatura en place. J’ai expliqué qu’aucun des deux groupes ne pourrait prétendre au pouvoir. Que seuls des gens issus de la zone grise, de la majorité que constituait l’opinion publique silencieuse, devraient arriver aux responsabilités. Klaus, en ce sens, est le roi de la zone grise. »

Comme en echo a ces deux articles, quelques sujets d’actualite lus aujourd’hui me paraissent refleter ce sentiment d’une societe encore en transition, toujours en mouvement, mais qui a bien change en 20 ans et est desormais bien ancree au reste de l’Europe « de l’Ouest »: Les Tcheques sont, parmi les anciens du bloc de l’Est, les plus satisfaits des changements et pensent qu’ils vivent mieux maintenant qu’avant 1989 (« Czechs say they live better than under communism » – source: Prague Monitor). Vaclav Havel regrette d’avoir trop ecoute les economistes apres 1989 et pense qu’il aurait du renforcer l’idee de morale dans la societe et en politique (« Havel says he should have trusted economists less after 1989 » – source: ceskenoviny.cz). Et la Republique tcheque est semble-t’il prete a ratifier le Traite de Lisbonne des aujourd’hui (« Feu vert tchèque au traité de Lisbonne » – source: Le Monde).

Meme si parfois j’ai l’impression que les mentalites ne changent pas assez vite, que certaines choses tardent a se mettre en place ou a disparaitre (et je ne prends pas forcement exemple sur la France, loin de la), je ne peux que rendre hommage aux Tcheques pour ce qu’ils ont fait en a peine deux decennies. Il est facile de l’exterieur de donner des lecons, mais moins evident de se remettre en question et changer de cap avec au final si peu de heurts… Bravo donc.

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